Présumé coupable

Je me rends dans le Centro, le centre historique de São Paulo. Complètement délaissé depuis les années 70, c’est aujourd’hui un quartier réputé « chaud ». En sortant du métro, je suis donc limite parano.

Beaucoup de moradores de rua (sans-abris) occupent les trottoirs. L’un d’eux m’aborde et me suit dans ma marche. Il prétend vouloir me vendre quantités de merveilles, et insiste pour que je le suive. Je ne lui réponds que par mono-syllabes afin qu’il ne décèle pas mon accent: je ne voudrais pas qu’il fasse le « traditionnel amalgame » accent = touriste = riche = cible.

Je presse le pas, mais je ne sais pas exactement où je vais. L’homme en haillons ne se laisse pas distancer, il continue d’insister, et me fait de plus en plus peur…

J’aperçois au carrefour une patrouille de police. Je leur fais signe et me rends à leur rencontre. J’imagine qu’en m’approchant des forces de l’ordre pour demander mon chemin, mon accompagnateur me laissera tranquille: d’une pierre, deux coups !

Mais il n’en est rien, l’inconnu me colle à talon jusqu’à ce que j’arrive à hauteur du véhicule des policiers. Un homme en uniforme en descend, ses trois collègues restent à l’intérieur.

« Excusez-moi monsieur l’agent, je suis perdu, je cherche cette adresse »

« C’est très simple: vous suivez cette rue, vous tournez dans la deuxième rue à droite, puis au bout à gauche. Le bâtiment se trouvera sur votre droite, vous ne pouvez pas le louper. »

« Je vous remercie, au revoir ! »

Je marche quelques mètres, toujours flanqué de mon accompagnateur en haillons, quand j’entends la voix de l’agent de police :

« Jeune homme ! Attendez ! »

« Oui ? »

« Cet homme est avec vous ? »

« Non, je ne le connais pas. »

« Ok les gars, on y va ! »

Sur cette injonction, les trois collègues jaillissent aussitôt hors de l’habitacle de la voiture et se ruent sur mon accompagnateur. Ils le plaquent au sol, le menottent, et le font monter sur la banquette arrière.

 

Tout en regagnant sa place côté passager, l’agent avec qui je conversais me lance un regard complice :

« C’est bon, vous pouvez y aller. »

Lors de notre première conversation, le fonctionnaire a dû sentir ma crainte, et s’est douté que je n’étais pas venu les voir uniquement pour demander mon chemin. Surpris, choqué, je n’ai pas eu le temps de lui dire que leur prisonnier ne m’avait (encore ?) rien fait !…

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s