Revue de presse: les élections pakistanaises en 2008

La revue de presse est la première des cinq épreuves de la 
Convention Education Prioritaire (CEP) qui m'a permis d'intégrer 
Sciences-Po. Elle consiste, dans une fenêtre temporelle donnée, 
à regrouper une douzaine d'articles de presse traitant d'un même
sujet d'actualité afin d'élaborer une note de synthèse. 
Ce travail est ensuite défendu lors d'un oral de quarante minutes, 
face à un jury composé de six professeurs.

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 Elections au Pakistan : quels enjeux au « Pays des Purs » ?

Note de Synthèse – Février 2008

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C’est un message d’espoir que les électeurs ont lancé le lundi 18 février 2008, lors des élections provinciales et législatives au Pakistan. Dans cet Etat stratégiquement crucial, situé entre le Moyen-Orient et la péninsule indienne, plus de 40% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Illettrés pour la plupart, c’est dans un pays au bord du chaos qu’ils tentent de survivre, entre coupures d’électricité, attentats et absence de services publics. C’est ainsi que vivent les pakistanais1, qui attendaient donc ces élections avec impatience.

Initialement prévu le 8 Janvier 2008, le scrutin a été repoussé suite à l’assassinat de Benazir Bhutto. Ex-première ministre (de 1986 à 1990 et de 1993 à 1996), icône de l’opposition, elle avait été victime d’un attentat le 27 Décembre 2007, alors qu’elle donnait un meeting électoral à quelques kilomètres de la capitale Islamabad.

Malgré la vague de violence pré-électorale et malgré les doutes quant à la régularité du scrutin, le président Pervez Musharraf avait promis que les élections seraient libres et transparentes. C’est dans des conditions de relative sérénité démocratique que 40% des électeurs pakistanais se sont mobilisés2. Ils ont délivré le double message qui leur tenait à cœur.

Le premier a consisté à rejeter avec vigueur le régime du président Pervez Musharraf. Son parti, la Pakistan Muslim League – Quaid-e Azam (PML-Q) n’obtient que 15% des sièges que compte l’assemblée. Il perd aussi la direction du Penjab, la province la plus peuplée qui envoie près de la moitié des députés au parlement.
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Ces résultats témoignent de l’impopularité du président qui, malgré le soutien occidental, a échoué3. Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d’Etat en 1999, il n’a cessé de pervertir l’ordre constitutionnel. Alors qu’il avait été réélu en Octobre 2007, au terme d’élections plus ou moins truquées, il avait limogé les juges de la Cour Suprême qui devaient statuer sur la validité de sa réélection. La crise politique engendrée par ces arrestations l’obligea à décréter l’état d’urgence le 3 Novembre 2007, en s’appuyant une nouvelle fois sur son principal soutien, l’armée. Cet ancien général avait en effet accru considérablement les dépenses militaires, au dépend de la santé ou de l’éducation publique.

Mais Pervez Musharraf n’est pas le seul à subir une défaite humiliante. Les partis islamistes sont eux aussi rayés de la carte électorale4. Et c’est là le second message des électeurs pakistanais. Dans cette république islamique, où la religion est omniprésente, ils ont montré que l’islam radical reste marginal. Preuve de leur mécontentement, c’est l’Awami National Party (ANP), un parti nationaliste et laïque, qui remporte le scrutin dans la province du nord-ouest. Cette province, frontalière de l’Afghanistan et des zones tribales où se sont réfugiés les taliban, était contrôlée par les islamistes depuis 2002.

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Les élections profitent donc aux partis de l’opposition, notamment au Pakistan People’ Party (le PPP), le parti de feue Benazir Bhutto aujourd’hui mené par son mari Asif Ali Zardari. Arrivé en tête à l’assemblée, il est suivi par la Pakistan Muslim League, autre parti de l’opposition lui aussi mené par un ancien premier ministre, Nawaz Sharif.

Mais ni le PPP ni la PML-N de Nawaz Sharif ne disposent de la majorité des deux-tiers nécessaire pour restaurer la constitution dans sa version originale et destituer Pervez Musharraf. Les deux partis ont donc formé une coalition qui aura à charge de relancer les mesures sociales et d’assurer un avenir meilleur à la population. Mais c’est sur l’avenir de Pervez Musharraf5 que la coalition devra d’abord statuer. Car déjà les premiers couacs apparaissent 6: les deux grandes formations pakistanaises ne sont visiblement pas d’accord sur certains points, notamment sur la question du retour des juges de la Cour Suprême. De son côté, le président a reconnu sa défaite et a affirmé qu’il fonctionnerait « de manière totalement harmonieuse » avec les partis victorieux. Car malgré l’hostilité de l’opinion publique à son égard, et bien qu’il ait dû renoncer à son grade de chef des armées pour se maintenir au pouvoir, Pervez Musharraf bénéficie encore d’un allié de taille: celui de l’Occident.

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En effet, le Pakistan se situe au carrefour du Moyen-Orient, du sous-continent asiatique et de la péninsule indienne. De sa pérennité dépend celle des pays qui le bordent, et sa stabilité est en corrélation directe avec celle de l’ensemble de cette région du monde. Les élections, bien que provinciales et législatives, ont pris une importance à l’échelle mondiale et ont donc été suivies avec une attention toute particulière par les capitales occidentales.

Quelques jours avant les élections, Pervez Musharraf avait d’ailleurs effectué une tournée dans les capitales européennes pour réaffirmer son contrôle et tenter de rassurer la communauté internationale. Lors du World Economic Forum à Davos7 (en Suisse), il a rappelé que la situation actuelle de son pays était l’héritage du soutien qu’a offert le Pakistan à l’Occident durant la Guerre Froide.

A Paris, il a aussi essayé de dissiper les craintes au sujet de la sécurité nucléaire8. Le Pakistan est en effet le seul pays musulman au monde à détenir (officiellement) l’arme atomique. Une victoire des islamistes aurait pu avoir des conséquences désastreuses, notamment vis-à-vis de l’Inde9. Avec 150 millions de musulmans, l’influence des islamistes intégristes sur la vie politique de ce pays d’un milliard d’habitants n’est pas négligeable. Les essais nucléaires indiens puis pakistanais conduits en mai 1998 ont changé la donne stratégique qui réglait les relations entre les deux pays issus de la partition de l’Empire des Indes en 1947. La guerre du Kargil en 1999 entre les deux nations pour conquérir le Cachemire est encore très présente dans les esprits.

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De leur côté, les Etats-Unis ont eux aussi réaffirmé leur soutien à Pervez Musharraf qu’ils présentent comme étant leur « meilleur ami » dans leur lutte contre le terrorisme. Les Etats-Unis pensent en effet que les talibans, qu’ils combattent en Afghanistan, disposent d’une base de repli dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.

Nouée depuis les attentats du 11 septembre 2001, la relation « Bush-Mush » est en passe d’expirer. Cette situation n’est pas sans rappeler le « spectre de l’Iran »10 voisin dont le programme nucléaire soulève encore des interrogations.

Toutefois, les analystes soulignent que l’ère Musharraf est révolue et qu’ « un nouveau pouvoir au Pakistan relancerait la guerre contre le terrorisme »11. Washington bénéficierait alors d’un soutien populaire dans ces territoires montagneux qui échappent encore au contrôle des autorités.
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1 C’est ainsi que les Pakistanais vivent, l’Humanité, jeudi 21 Février 2008

2 Le triomphe électoral de l’opposition pakistanaise fragilise Pervez Musharraf, le Monde, le 19 Février 2008

3 Malgré le soutien occidental, Musharraf a échoué, le Figaro, jeudi 21 Février 2008

4 Les islamistes rayés de la carte électorale du Pakistan, Libération, jeudi 21 Février 2008

5 L’avenir de Musharraf en question, le Nouvel Observateur, le 19 Février 2008

6 Premiers couacs au sein de la coalition, Courrier international, le 28 Février 2008

10 Pakistan : le spectre de l’Iran, l’Orient Le Jour, le 19 Janvier 2008

11 Un nouveau pouvoir au Pakistan relancerait la guerre contre le terrorisme, AFP, le 20 Février 2008

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