Femme après coup*

Le petit Jimmy, 7 ans, s’est cogné la tête contre le coin d’un meuble en jouant. La plaie est suturale, ce pourquoi nous le transportons à l’hôpital.

Sa jeune maman l’accompagne et s’installe à côté de lui sur le brancard. Elle est paniquée, nous essayons de la rassurer:

___« C’est impressionnant parce qu’il y a du sang, mais ce n’est pas méchant. »

___« Oui mais… ça va se voir ?… »

___« Peut-être qu’il aura une petite cicatrice oui. »

___« Non mais les points de suture, ça va se voir, hein !?… »

Nous ne comprenons pas tout de suite la pertinence de cette question. Ses yeux s’embuent de larmes, elle finit par craquer:

___« Il va me tuer ! »

___« Qu’est-ce que vous dites ? »

Nous comprenons à ses explications que l’enfant n’est pas la seule victime dans notre camion. Contrairement au bobo de son garçon, femme battue ça ne se voit pas au milieu du front.

violence invisible

A l’aide de mon smartphone, je trouve le numéro de SOS Femmes battues (le 39 19) et le lui griffonne sur un morceau arraché de ma fiche d’intervention.

J’ai l’intime conviction qu’elle n’a jamais osé le composer.
J’ai l’intime conviction que cette femme s’est (re)faite frapper.

————————————–
* Le titre de cet article reprend celui d’une exposition de Médecins du Monde « pour dire les violences et témoigner des possibles reconstructions » : http://www.femmesaprescoup.eu/

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