Faut-il avoir peur de Google (et des Google Glass) ?

Ci-dessous la note écrite que j'ai défendue lors de mon 
Grand Oral, l'examen final à Sciences-Po.

Voir le monde à travers Google. Avec la sortie (1) des Google Glass, l’expression prend désormais tout son sens. Ces lunettes révolutionnaires affichent sur leur verre des informations en sur-impression, selon le principe de la réalité augmentée. Équipée d’une antenne wifi, ces montures d’un nouveau genre permettent d’accéder à la plupart des services développés par la firme américaine : Google Search, Gmail, Google Maps, Google Calendar (2)… Malgré l’enthousiasme jubilatoire que peut provoquer la réalisation d’une telle prouesse technologique, ces lunettes ne sont pas sans susciter des interrogations, voire des craintes. Au-delà des critiques propres au gadget en lui-même, c’est l’ensemble des agissements du géant du web qui sont remis en question. Car en filmant tout ce que voit le porteur des lunettes, en enregistrant tout ce qu’il dit et entend, en géo-localisant le moindre de ses déplacements, Google a franchi une nouvelle étape dans l’intrusion de la sphère intime de ses utilisateurs.

Il convient donc de se demander : en quoi les lunettes Google constituent-elles l’apologie d’un système toujours plus menaçant pour la vie privée ?

Nous analyserons dans un premier temps le business model de Google afin de montrer qu’il est nécessairement intrusif. Nous verrons que la mise au point de lunettes connectées n’est que l’aboutissement logique d’un système auto-réalisateur tributaire de l’innovation autant que de l’immixtion dans la vie privée. Nous aborderons, enfin, les questions éthiques et juridiques soulevées par l’apparition de ces appareils à l’allure futuriste.

I) Un business model fondé sur le prix du gratuit

a) Un moteur de recherche intelligent

L’histoire de Google commence en 1998 « dans un garage, comme toute start up de la Silicon Valley qui se respecte » (3). Alors que le web en est encore à ses balbutiements, Larry Page et Sergey Brin, deux brillants étudiants de l’Université de Standford, mettent au point un algorithme de recherche capable de calculer un degré de pertinence pour chaque page de site internet comportant les termes de la requête.

Bien que la formule exacte de l’algorithme PageRank – c’est son nom – soit tenue secrète, le principe qui la sous-tend est connu : pour évaluer la pertinence d’une page par rapport à une requête, Google analyse la place accordée par la page aux termes recherchés (nombre d’occurrences, taille de la police…) ainsi que la popularité de la page. Cette popularité est mesurée en fonction du nombre de liens en provenance du web qui redirigent vers elle : en d’autres termes, « à l’échelle du réseau, les liens pointant vers la page sont interprétés par Google comme des votes en faveur du contenu de la page. […] Si cette page comporte un nombre important de liens pointant vers elle en provenances d’autres sites internet, alors il y a toute chance que cette page soit de qualité et que l’internaute éprouve une satisfaction à la visiter » (4).

Là où les autres moteurs de recherches proposent des millions de résultats et se rémunèrent par l’affichage massif de publicités sur leur page d’accueil, Google se démarque par la sobriété de son interface, par la pertinence de ses réponses et par l’affichage « intelligent » des liens commerciaux. Sa formule magique mathématique fait rapidement de lui la porte d’entrée principale du web.

Google


b) Adwords, Adsense : la manne illimitée de la publicité ciblée on-line

Malgré son interface épurée, dénuée de texte, d’images ou de bannières, Google est la plus grande régie publicitaire au monde. Son business model repose en effet sur la vente de mots clés, les Adwords, aux annonceurs. Sur un principe de ventes aux enchères, n’importe quelle entreprise peut proposer un prix à Google pour qu’un lien vers son site soit affiché aux côtés des résultats de la recherche. Là encore, l’affichage du lien dépend d’un algorithme qui prend en compte la pertinence de l’annonce par rapport à la requête et le prix offert par l’annonceur. Google encaisse alors quelques centimes pour chaque clic effectué sur le lien publicitaire.

L’autre manne financière de Google s’appelle AdSense : l’entreprise américaine propose aux propriétaires de sites web d’insérer des publicités liées au contenu de leurs pages. A chaque clic, Google est rétribué par l’annonceur et partage cette somme avec le site hébergeur de l’encart publicitaire.

Adwords et Adsenses sont déclinés sur les autres services de Google. Grâce à eux, l’entreprise récolte quelques centimes à chacun des millions de clics effectués sur ses liens publicitaires. Un revenu unitaire bas, mais qui lui permet par multiplication d’engendrer des sommes considérables : la firme a ainsi annoncé un chiffre d’affaire de 9,99 milliards de dollars (soit 7,7 milliards d’euros) sur le premier semestre de l’année 2013 (5).

Les Google Glass se distinguent fondamentalement des autres services Google sur deux points : d’abord, elles ne sont pas gratuites. Les montures, avec leurs lots de technologies embarquées, ne sont pas immatérielles et ont donc un coût de production. Ensuite, aux dires de leurs concepteurs, elles n’afficheront pas de publicité (6) ; pourtant, les données personnelles recueillies, recoupées avec celles laissées par l’internaute lors de sa connexion aux autres services de la firme, contribuent à alimenter en carburant informationnel le moteur Google.

II) Google, Big Brother (7) des temps modernes

a) Cercle vertueux de l’innovation, cercle vicieux de l’intrusion

Pour être efficace, Google doit être intrusif. Son business model repose sur l’obtention de données confidentielles destinées à être vendues – indirectement, via la vente d’espaces publicitaires ciblés – aux annonceurs : « le fonctionnement même de Google lui impose de vous espionner. Il n’a pas le choix » (8). En d’autres termes, « there is no free lunch » pour reprendre les termes de l’économiste Milton Friedman. La gratuité a un prix, et ce prix est l’abandon de toute ou partie de notre vie privée : « si un service est gratuit, c’est que vous êtes le service » (9).

Google propose des services gratuits qui lui permettent de récolter des données sur les internautes; ces données lui servent alors à afficher des publicités personnalisées. Ces offres commerciales lui rapportent des sommes d’argent conséquentes, qu’elle peut réinvestir en partie dans le développement de nouveaux services gratuits : la boucle est bouclée. « Google pousse à l’extrême cette logique circulaire : c’est une machine extraordinaire qui se fabrique par l’usage qu’en font les utilisateurs eux-mêmes. En ce sens, elle est une machine « autopoïétique » qui accumule toutes les informations de bases introduites chaque jour sur la Toile par des millions d’utilisateurs pour vendre de la publicité par capillarité » (10) .

Google, en tant qu’entreprise économique vouée à générer des profits pour vivre et survivre, se doit d’être toujours plus innovante et toujours plus intrusive. Le développement de lunettes  voire, à terme, de lentilles de vue connectées (11), participe de cette fuite en avant.

Google's Sergey Brin wearing Google Glass at New York fashion week.

Google’s Sergey Brin wearing Google Glass at New York fashion week.

b) « Stop the Cyborgs !» (12)

On l’aura compris, les lunettes Google ouvrent le champ des possibles autant qu’elles réduisent la vie privée de celle ou celui qui les porte. Si elles permettent de nouveaux usages inimaginables jusqu’alors, elles transmettent aussi à l’entreprise au logo bariolé des données confidentielles, qu’elle utilisera à des fins mercantiles.

Mais la caméra embarquée affecte aussi l’ensemble des personnes – utilisatrices des services Google ou non – qui entrent dans son champ : en raison notamment des logiciels de reconnaissance faciale, personne ne pourra échapper à la société de surveillance créée de facto par le géant californien.

Quant au micro qui vient compléter le dispositif, il enregistre (voire retranscrit sous forme de texte pour pouvoir les indexer dans le moteur de recherche…) les paroles qu’il parvient à capter : « tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous » comme le veut l’expression policière forte à propos.

Alors même qu’elles ne sont pas encore commercialisées auprès du grand public, des militants (13) manifestent déjà en faveur d’une limitation de leur utilisation : ils proposent par exemple de les interdire dans certains lieux (tels les restaurants, les cinémas ou les musées) et annoncent, à défaut, le diktat de la transparence absolue.
Ces accusations viennent s’ajouter aux (nombreux) procès pour atteinte à la vie privée intentés contre Google, dont le dernier en date remonte au mois d’avril 2013.

Après que la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) française a rendu publiques les conclusions de son enquête concernant l’utilisation abusive des données collectées par Google, ce dernier se devait de modifier ses paramètres de confidentialité. L’enquête montrait en effet que « les nouvelles règles de confidentialité suggèrent l’absence de toute limite concernant le périmètre de la collecte et les usages potentiels des données personnelles [et] que cette combinaison de données est extrêmement étendue en termes de périmètre et d’historique des données » (14). Le géant du web n’ayant pas suivi les recommandations qui lui étaient faites, les autorités de protection des données de six pays européens, dont la CNIL française, ont engagé le 2 avril une action répressive contre lui (15). Les Google Glass, dont on a vu qu’elles participaient à la dynamique de recoupement des données, sont pleinement visées par cette action.

En conclusion :

Emportée par son modèle économique dans une spirale où innovations et intrusions se succèdent sans fin, Google a mis au point l’outil ultime d’ « omnivoyance » (16), capable de pénétrer la sphère privée dans des propensions que George Orwell lui-même n’avait pas imaginé. Les lunettes Google, produit le plus abouti de la marque, mettent en exergue l’ambivalence commune à l’ensemble de ses services : une technologie de pointe au service des usagers, mais au détriment de leur vies privées.

Notes :

1 En version Explorer dans un premier temps, la version grand public ne devrait sortir qu’en 2014 (http://lunettesgoogle.fr/date-lancement-lunettes-google/)
2 http://www.youtube.com/watch?v=9c6W4CCU9M4
3 VISE David et MALSEED Mark, Google Story, paru en 2006 aux éditions Dunod, p. 56
4 CHAREYRE Renaud, Google Spleen, paru en 2009 aux éditions Interactive Lab, p. 18
5 http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/tech-medias/actu/reuters-00515418-hausse-de-23-des-revenus-sur-internet-de-google-au-1er-trimestre-559653.php
6 http://www.bbc.co.uk/news/technology-22166419
7 ORWELL George, 1984, paru en 1972 aux éditions Gallimard, p. 20, 46, passim.
8 PERRI Pascal, Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien, paru en 2013 aux éditions Anne Carrière, p. 105
9 Ibid., p. 112
10 IPPOLITA (collectif d’auteurs), Le côté obscur de Google, paru en 2011 aux éditions Rivages, page 221
11 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/04/05/google-presente-un-prototype-de-lunettes-connectees_1680586_651865.html
12 « Halte aux Cyborgs ! » : http://www.bbc.co.uk/news/technology-21937145
13 Ibid.
14 http://www.cnil.fr/linstitution/actualite/article/article/regles-de-confidentialite-de-google-une-information-incomplete-et-une-combinaison-de-donnees/
15 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/04/02/six-cnil-europeennes-attaquent-google-sur-la-vie-privee_3152224_651865.html
16 KYROU Ariel, Google God : Big Brother n’existe pas, il est partout, paru en 2010 aux éditions Inculte, page 149


Sources :

– CHAREYRE Renaud, Google Spleen, paru en 2009 aux éditions Interactive Lab, 144 pages ;
– ICHBIAH Daniel, Comment Google mangera le monde, paru en 2007 aux éditions l’Archipel, 263 pages ;
– IPPOLITA (collectif d’auteurs), Le côté obscur de Google, paru en 2011 aux éditions Rivages, 282 pages ;
– KYROU Ariel, Google God : Big Brother n’existe pas, il est partout, paru en 2010 aux éditions Inculte, 288 pages ;
– ORWELL George, 1984, paru en 1972 aux éditions Gallimard, 438 pages ;
– PERRI Pascal, Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien, paru en 2013 aux éditions Anne Carrière, 200 pages ;
– VISE David et MALSEED Mark, Google Story, paru en 2006 aux éditions Dunod, 320 pages.

– Faut-il avoir peur de Google ?, un reportage de Sylvain Bergere et Stéphane Osmont réalisé en 2007 et disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=MJYC2ALbctw
– Le monde selon Google, un reportage de Ijsbrand Van Veelen réalisé en 2006 et disponible à l’adresse http://www.youtube.com/watch?v=bUHd6VKgOC4

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Revue de presse: les élections pakistanaises en 2008

La revue de presse est la première des cinq épreuves de la 
Convention Education Prioritaire (CEP) qui m'a permis d'intégrer 
Sciences-Po. Elle consiste, dans une fenêtre temporelle donnée, 
à regrouper une douzaine d'articles de presse traitant d'un même
sujet d'actualité afin d'élaborer une note de synthèse. 
Ce travail est ensuite défendu lors d'un oral de quarante minutes, 
face à un jury composé de six professeurs.

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 Elections au Pakistan : quels enjeux au « Pays des Purs » ?

Note de Synthèse – Février 2008

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C’est un message d’espoir que les électeurs ont lancé le lundi 18 février 2008, lors des élections provinciales et législatives au Pakistan. Dans cet Etat stratégiquement crucial, situé entre le Moyen-Orient et la péninsule indienne, plus de 40% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Illettrés pour la plupart, c’est dans un pays au bord du chaos qu’ils tentent de survivre, entre coupures d’électricité, attentats et absence de services publics. C’est ainsi que vivent les pakistanais1, qui attendaient donc ces élections avec impatience.

Initialement prévu le 8 Janvier 2008, le scrutin a été repoussé suite à l’assassinat de Benazir Bhutto. Ex-première ministre (de 1986 à 1990 et de 1993 à 1996), icône de l’opposition, elle avait été victime d’un attentat le 27 Décembre 2007, alors qu’elle donnait un meeting électoral à quelques kilomètres de la capitale Islamabad.

Malgré la vague de violence pré-électorale et malgré les doutes quant à la régularité du scrutin, le président Pervez Musharraf avait promis que les élections seraient libres et transparentes. C’est dans des conditions de relative sérénité démocratique que 40% des électeurs pakistanais se sont mobilisés2. Ils ont délivré le double message qui leur tenait à cœur.

Le premier a consisté à rejeter avec vigueur le régime du président Pervez Musharraf. Son parti, la Pakistan Muslim League – Quaid-e Azam (PML-Q) n’obtient que 15% des sièges que compte l’assemblée. Il perd aussi la direction du Penjab, la province la plus peuplée qui envoie près de la moitié des députés au parlement.
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Ces résultats témoignent de l’impopularité du président qui, malgré le soutien occidental, a échoué3. Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d’Etat en 1999, il n’a cessé de pervertir l’ordre constitutionnel. Alors qu’il avait été réélu en Octobre 2007, au terme d’élections plus ou moins truquées, il avait limogé les juges de la Cour Suprême qui devaient statuer sur la validité de sa réélection. La crise politique engendrée par ces arrestations l’obligea à décréter l’état d’urgence le 3 Novembre 2007, en s’appuyant une nouvelle fois sur son principal soutien, l’armée. Cet ancien général avait en effet accru considérablement les dépenses militaires, au dépend de la santé ou de l’éducation publique.

Mais Pervez Musharraf n’est pas le seul à subir une défaite humiliante. Les partis islamistes sont eux aussi rayés de la carte électorale4. Et c’est là le second message des électeurs pakistanais. Dans cette république islamique, où la religion est omniprésente, ils ont montré que l’islam radical reste marginal. Preuve de leur mécontentement, c’est l’Awami National Party (ANP), un parti nationaliste et laïque, qui remporte le scrutin dans la province du nord-ouest. Cette province, frontalière de l’Afghanistan et des zones tribales où se sont réfugiés les taliban, était contrôlée par les islamistes depuis 2002.

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Les élections profitent donc aux partis de l’opposition, notamment au Pakistan People’ Party (le PPP), le parti de feue Benazir Bhutto aujourd’hui mené par son mari Asif Ali Zardari. Arrivé en tête à l’assemblée, il est suivi par la Pakistan Muslim League, autre parti de l’opposition lui aussi mené par un ancien premier ministre, Nawaz Sharif.

Mais ni le PPP ni la PML-N de Nawaz Sharif ne disposent de la majorité des deux-tiers nécessaire pour restaurer la constitution dans sa version originale et destituer Pervez Musharraf. Les deux partis ont donc formé une coalition qui aura à charge de relancer les mesures sociales et d’assurer un avenir meilleur à la population. Mais c’est sur l’avenir de Pervez Musharraf5 que la coalition devra d’abord statuer. Car déjà les premiers couacs apparaissent 6: les deux grandes formations pakistanaises ne sont visiblement pas d’accord sur certains points, notamment sur la question du retour des juges de la Cour Suprême. De son côté, le président a reconnu sa défaite et a affirmé qu’il fonctionnerait « de manière totalement harmonieuse » avec les partis victorieux. Car malgré l’hostilité de l’opinion publique à son égard, et bien qu’il ait dû renoncer à son grade de chef des armées pour se maintenir au pouvoir, Pervez Musharraf bénéficie encore d’un allié de taille: celui de l’Occident.

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En effet, le Pakistan se situe au carrefour du Moyen-Orient, du sous-continent asiatique et de la péninsule indienne. De sa pérennité dépend celle des pays qui le bordent, et sa stabilité est en corrélation directe avec celle de l’ensemble de cette région du monde. Les élections, bien que provinciales et législatives, ont pris une importance à l’échelle mondiale et ont donc été suivies avec une attention toute particulière par les capitales occidentales.

Quelques jours avant les élections, Pervez Musharraf avait d’ailleurs effectué une tournée dans les capitales européennes pour réaffirmer son contrôle et tenter de rassurer la communauté internationale. Lors du World Economic Forum à Davos7 (en Suisse), il a rappelé que la situation actuelle de son pays était l’héritage du soutien qu’a offert le Pakistan à l’Occident durant la Guerre Froide.

A Paris, il a aussi essayé de dissiper les craintes au sujet de la sécurité nucléaire8. Le Pakistan est en effet le seul pays musulman au monde à détenir (officiellement) l’arme atomique. Une victoire des islamistes aurait pu avoir des conséquences désastreuses, notamment vis-à-vis de l’Inde9. Avec 150 millions de musulmans, l’influence des islamistes intégristes sur la vie politique de ce pays d’un milliard d’habitants n’est pas négligeable. Les essais nucléaires indiens puis pakistanais conduits en mai 1998 ont changé la donne stratégique qui réglait les relations entre les deux pays issus de la partition de l’Empire des Indes en 1947. La guerre du Kargil en 1999 entre les deux nations pour conquérir le Cachemire est encore très présente dans les esprits.

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De leur côté, les Etats-Unis ont eux aussi réaffirmé leur soutien à Pervez Musharraf qu’ils présentent comme étant leur « meilleur ami » dans leur lutte contre le terrorisme. Les Etats-Unis pensent en effet que les talibans, qu’ils combattent en Afghanistan, disposent d’une base de repli dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.

Nouée depuis les attentats du 11 septembre 2001, la relation « Bush-Mush » est en passe d’expirer. Cette situation n’est pas sans rappeler le « spectre de l’Iran »10 voisin dont le programme nucléaire soulève encore des interrogations.

Toutefois, les analystes soulignent que l’ère Musharraf est révolue et qu’ « un nouveau pouvoir au Pakistan relancerait la guerre contre le terrorisme »11. Washington bénéficierait alors d’un soutien populaire dans ces territoires montagneux qui échappent encore au contrôle des autorités.
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1 C’est ainsi que les Pakistanais vivent, l’Humanité, jeudi 21 Février 2008

2 Le triomphe électoral de l’opposition pakistanaise fragilise Pervez Musharraf, le Monde, le 19 Février 2008

3 Malgré le soutien occidental, Musharraf a échoué, le Figaro, jeudi 21 Février 2008

4 Les islamistes rayés de la carte électorale du Pakistan, Libération, jeudi 21 Février 2008

5 L’avenir de Musharraf en question, le Nouvel Observateur, le 19 Février 2008

6 Premiers couacs au sein de la coalition, Courrier international, le 28 Février 2008

10 Pakistan : le spectre de l’Iran, l’Orient Le Jour, le 19 Janvier 2008

11 Un nouveau pouvoir au Pakistan relancerait la guerre contre le terrorisme, AFP, le 20 Février 2008