Marchande de fruits, jolie, jolie…

Le 10/07/2007

Nous atteignons l’île Bouchard en soirée. Nous franchissons sans encombres, mais avec une belle frayeur, l’arche droite du pont et accostons quelques encablures plus loin, rive gauche. Si nous avions eu ces fichues cartes, nous nous serions arrêtés en amont, rive droite ! Où se trouve un camping ! Nous nous y rendons pour nous y doucher. La tenante des lieux ne veut rien savoir de notre histoire et nous facture la douche : un euro chacun !

Au retour, nous traversons une petite place sur laquelle des commerçants ferment boutiques. Je tente de séduire une jeune et jolie marchande de fruits, sans grand succès. Je repartirai quand même avec un sachet de pêches et d’abricots, qui agrémenteront notre diner. Et son sourire, qui agrémentera mes souvenirs…

Protéger son campement. Ou pas.

Le 10/07/2007

Nous installons notre campement au bord de l’eau, sur le chemin herbeux qui longe la Vienne. Nous dinons tranquillement quand soudain, une moto-cross passe à fond entre nous et notre réchaud à gaz ! Il aurait pu nous tuer ce con ! Par précaution, nous décidons de barrer le chemin, de part et d’autre de la tente, avec des branches de bois.

Le lendemain matin au réveil, un détail me turlupine: il y a quelque chose qui cloche, mais quoi ? Le radeau est toujours là, ce qui manque en revanche… ce sont nos barricades en bois ! Quelqu’un a donc rôdé autour de la tente cette nuit…

Panne mécanique, bug linguistique

Le 11/07/2007

Nous cassons le dérailleur du pédalo juste après Chinon. Nous nous laissons dériver jusqu’à une zone marécageuse rive gauche. C’est dans ce bourbier que Valérie, jeune journaliste à la Nouvelle République de Chinon, vient nous rencontrer. Munie de bottes, elle parviendra non sans mal à nous atteindre pour nous interviewer :

Sans pédalo, nous luttons pour atteindre Candes-Saint-Martin, où la Vienne se jette dans la Loire. Un homme nous observe apponter, puis vient à notre rencontre : il répète toutes ses fins de phrases ! Se tint à peu près ce dialogue :

– “Excusez-moi, vous n’auriez pas vu des canoës rouges, canoës rouges ?”

– “…Non, nous n’avons pas vu de canoës rouges…”

– “Ils sont partis vers quinze heures, quinze heures”

– “Non non, on ne les a pas… vus vus !”

– “Vous avez forcément dû les croiser, croiser !”

– “Nous n’avons croisé personne personne !!!”

La Marante

Le 11/07/2007

21h00: Nous décidons d’abandonner le radeau pour la nuit et d’installer le bivouac sur le banc de sable qui sépare la Vienne de la Loire.

Orientés plein ouest, nous savourons un délicieux coucher de soleil.

Source: http://gibon-saumur.homeip.net/Loire/2011/07/01/46-brehemont-%E2%86%92-candes-saint-martin/
22h00. Nous nous endormons avec l’agréable sensation d’être au bout du monde, protégés par deux cours d’eau et une nature sauvage. Personne ne viendra nous importuner.

00h00: Nous dormons à poings fermés quand un énorme faisceau lumineux éclaire notre tente comme en plein jour. Un bruit de moteur, puis des cris… Qu’est-ce que ça peut être !?!? Appeurés, nous sortons une tête timide par la fermeture éclair…

C’est L’Amarante ! Superbe réplique des coches d’eau jadis utilisés pour transporter des passagers,  elle peut accueillir jusqu’à 55 personnes et des balades au crépuscules, dîner à bord compris, sont proposées aux touristes. Le capitaine, que nous avons rencontré dans la journée, souhaite nous convier pour le dessert !

A l’intérieur de la cabine, nous rencontrons des reporters de la télévision belge: ils réalisent un reportage sur les châteaux de la Loire. Nous prenons place à leur table et goûtons aux spécialités locales, notamment les galipettes tourangelles: une recette de champignons farcis à l’ail, avec un peu d’ail et beaucoup d’ail !

L’ambiance est chaleureuse, et nos hôtes sont aussi joyeux qu’avinés ! Nous nous enivrons avec eux une bonne partie de la nuit, à grandes rasades de vins de Loire. Nous finissons par trinquer « à la santé du cochon d’Inde thaïlandais ! ».. « et de son bubblegum ! »…

L’île abandonnée

Le 12/07/2007

La nuit a été courte: il est huit heures, et à peine sortis de la tente, nous aperçevons quelqu’un sur notre embarcation. c’est le père de Ganou, venu pour réparer le pédalo et déjà à pied d’oeuvre . Tant pis pour le petit-déjeuner, nous le rejoignons dans sa tâche et parvenons à dépanner notre système de roue à aube.

Au bout d’une heure les mains dans le cambouis, nous voilà repartis ! Merci Jean-Claude !

Sur les indications de l’équipage de l’Amarante rencontré la veille, nous accostons une grande île au milieu de la Loire. Les bateliers tenaient à ce que nous visitions la maison abandonnée qui s’y trouve, et qu’ils appellent « la maison glauque ». Ils nous conseillaient même de la découvrir de nuit. Nous l’avons finalement visitée de jour: la première pièce fait cinq mètres sous plafond, avec une immense cheminée à faire cuire un boeuf. Tout est délabré.

Puis la chambre, tapissée de sinistres corbeaux noirs… A l’étage, je tente d’atteindre une salle quand soudain, le tas de détritus sur lequel je marche traverse le plancher, laissant apercevoir cette fameuse chambre tapissée de corbeaux noirs: nous n’irons pas plus loin.

Nous finissons par le meilleur, la cave. Totalement noire (et cette fichue lampe torche qui n’a plus de piles…), nous distinguons juste dans les coins l’entrée de petits tunnels… Mais nous n’osons pas nous y aventurer: nous ne saurons jamais à quoi ils mènent !

Nous ressortons sûrs d’une chose: jamais nous n’aurions pu la visiter de nuit, cette maison qui porte bien son nom…

Sous les pavés, la plage

Le 12/07/2007

Nous plantons la tente sur le sable de la berge, rive gauche, à hauteur de Gennes. Nous nous douchons dans un camping tout proche. A l’accueil, nous dénichons un fascicule intitulé “la Loire à vélo”: toutes les îles et les campings y sont cartographiés. Dois-je rappeler que nous sommes partis sans cartes ?…
Nous nous endormons, bercés par les insultes qu’un couple du camping vocifère envers leur gamin: “viens là petit con, que je t’éclate la tête ! Tu vas voir, si je te choppe je te mets une branlée…”

Toute voile dehors

Le 13/07/2007

La Loire coule, sur sa partie navigable, d’est en ouest. A l’inverse, les vents dominants filent d’ouest en est: c’est ce que les bateliers appellent le vent de mar (le vent qui vient de la mer). Les bateaux de Loire profitaient ainsi du courant pour descendre, et du vent pour remonter.

« La Loire est le seul cours d’eau d’Europe qui puisse être remonté à la voile sur plus de quatre cents kilomètres, grâce à son orientation, opposée à celle des vents dominants d’ouest. La présence de ce double moteur naturel, vent à la remonte et courant à la descente a considérablement facilité la mise en valeur économique du « Val de Loire »; c’est la cause essentielle de la richesse ancienne du « Jardin de la France ». Les nombreux ports aujourd’hui désertés vivaient du transport fluvial de ces deux frets lourds, la pierre et le vin, tous deux exportés au loin, et d’une foule d’autres dont la liste interminable montre que tous les aspects de la vie dépendaient de la batellerie. Une grande densité humaine, un mouvement économique très intense engendré par la batellerie, voilà les raisons qui ont fait du Val de Loire le séjour préféré de nos rois pendant longtemps, voilà l’origine de l’extraordinaire parure de châteaux qu’ils y ont édifiés »

Mais aujourd’hui, Eole est avec nous: nous profitons d’un vent d’est pour déployer la voile. Que du bonheur !

Sur un voilier « normal », chaque cordage a un rôle bien spécifique. Sur notre rafiot, les marnes sont aussi les haubans, la drisse assure la fonction d’étai tandis que le pataras sert de fil à linge !